Efficacité et innocuité des statines :
Méta-analyse
de 14 essais
randomisés concernant 90 056 participants
L’intérêt des statines, en abaissant le LDL cholestérol,
a été mis en évidence dans différentes études. Cette métaanalyse
(1) devait permettre d’en faire la synthèse, mais
surtout d’avoir une puissance suffisante pour l’analyse
de certains sous-groupes dont les sujets âgés de plus de
75 ans.
Méthode
Pour être retenus, les travaux (essais randomisés en double
aveugle) devaient avoir pour effet principal de baisser
la cholestérolémie, de façon exclusive (pas de modification
d’un autre facteur de risque), 1 000 inclusions et un suivi
minimum de deux ans.
Le protocole qui a permis de retrouver ces 14 essais n’est
pas décrit ici. Il n’y est donc pas expliqué comment ont été recherchés les travaux et en particulier si tout a été
fait pour retrouver des données non publiées de travaux
négatifs. Un test d’hétérogénéité a été pratiqué dans tous
les cas de figure.
Les résultats, en terme de survenue des différents éléments
(décès, accidents coronariens, AVC, tous événements
vasculaires majeurs) sont pondérés et présentés
en nombre d’événements pour une baisse du cholestérol
de 1 mmol/litre (0,39 g/l).
Résultats
La durée de suivi était de 2 à 6 ans et a montré une
réduction proportionnelle de 12 % de mortalité par mmol/l
de réduction du LDL cholestérol (RR = 0,88 IC 95 % :
0,84-0,91 p < 0,0001), de 23 % en événements coronariens
majeurs avec une réduction de 14% dès la 1re année,
de 17 % d’AVC quel qu’en soit le type (différence peu significative
la 1re année le devenant avec une réduction de
20 à 25 % sur 3 ans), de 24 % de gestes de revascularisation
coronaire, de 21% d’événements vasculaires majeurs
(événements coronariens, nécessité d’une revascularisation
coronarienne et AVC), avec un gain de 10 % la
1re année puis de 25 % pour chaque année qui suit.
L’effet était plus net chez les sujets à risque. Il n’y avait
pas d’augmentation d’incidence des cancers ni des troubles
musculaires.
Les tests d’hétérogénéité avec pondération sur le LDL ne
montrent pas de différence entre les études. En revanche,
sans pondération une hétérogénéité apparaît sauf
pour l’incidence des cancers.
Les statines peuvent réduire l’incidence à 5 ans d’accidents
coronariens majeurs, d’AVC, d’1/5e environ, ce qui
justifie le traitement prolongé chez tous les patients à
risques, sous réserve de faire baisser le taux de LDL
cholestérol d’au moins 1 mmol/l.
Le niveau d’évidence de ce travail selon l’Evidence Based
Medicine est 1-a, soit le plus haut possible et le degré de
recommandation A, ce qui doit nous amener à incorporer
ce traitement dans nos habitudes de prescription.
Ces résultats importants et validés
s’appliquent-ils à nos patients âgés ?
Les analyses par sous-groupes, mais aussi pour les sujets
de plus de 75 ans ont été suffisamment puissantes grâce
au regroupement d’essais. Dans tous ces cas de figure,
les résultats obtenus, pondérés sur la baisse du LDL
cholestérol, sont restés comparables.
Pour les plus de 75 ans, la pertinence de tels résultats,
mêmes positifs, reste délicate à analyser. Cependant,
il faut traiter 100 personnes avec une réduction effective
d’1 mmol/l de LDL, pendant environ 5 ans, pour éviter un
décès. Il faut en traiter 45 pour éviter un accident coronarien
majeur, 142 pour éviter un AVC, mais avec une efficacité
qui ne devient patente qu’après un an (taux de LDL
cholestérol initial très élevé). Pour l’ensemble des événements
vasculaires majeurs, il ne faut plus en traiter que
34 et, si on est efficace dès la 1re année avec 10 % de
réduction, les résultats s’amplifient surtout au-delà.
Il reste à juger si traiter 34 personnes de plus de 75 ans
pendant 4 à 5 ans, pour éviter un événement majeur, est
significatif, non pas statistiquement, mais cliniquement.
Si on considère les 90 056 participants, il ne fallait en
traiter que 27 pour éviter un cas et la différence ne paraît
pas considérable. On peut donc envisager ce traitement
chez nos patients âgés mais jusqu’à quel âge ?
Combien faut-il en traiter après 85 ans pour éviter un cas
et nos patients polypathologiques auront-ils l’espérance
de vie de 5 ans qui leur permette de bénéficier pleinement
de l’effet des statines ?
Ces mesures ne sont sans doute pas à appliquer
systématiquement, mais après une évaluation individuelle,
un certain nombre de patients âgés peut en relever.
Dr Rémy Billon
- Baigent C, Keech A, Kearney PM et al. Efficacy and safety
of cholesterol-lowering treatment : prospective meta-analysis
of datafrom 90,056 participants in 14 randomised trials
of statins. Lancet 2005 ; 366 : 1267-78.
- Protocol for a prospective collaborative overview of all
current and planned randomized trials of cholesterol
treatment regimens. Cholesterol Treatment Trialists’ (CTT)
Collaboration. Am J Cardiol 1995 ; 75 : 1130-4.
Influence de l’état cognitif sur le taux d’institutionnalisation 3 ans
après un accident vasculaire cérébral
Un état démentiel pré-éxistant à la survenue d’un accident
vasculaire cérébral (AVC) est retrouvé dans 16%
des cas. Une démence post-AVC est rapportée dans près
d’un tiers des cas. Le déficit cognitif post-AVC semble donc
favoriser l’admission en institution.
L’équipe lilloise rapporte les critères prédictifs d’institutionnalisation
après survenue d’un AVC. Tous les patients admis
pour AVC ischémique ou hémorragique ont été consécutivement
inclus sur une période de 5 mois. L’état cognitif
pré-AVC était déterminé auprès d’un proche du patient à
l’aide du questionnaire IQCODE qui comporte 26 items analysant
l’évolution des fonctions cognitives et le retentissement
sur les activités de la vie quotidienne lors des 10
années antérieures. Le score va de 26 à 130. Un scoreélevé correspond à une évolution défavorable. Les patientsétaient suivis à 6, 12, 18, 24 et 36 mois. Le déficit fonctionnelétait évalué par l’échelle d’Orgogozo.
Au total, 192 patients inclus et 165 suivis (27 décès).Âge médian : 73 ans [42-100], 84% d’hommes. Un AVC ischémique
identifié dans 91 % des cas. Le score IQCODE médianétait de 81 [78-128]. Le suivi à 3 ans montrait 110 patients
en vie dont 18 en institution. L’analyse en régression logistique
montre que les facteurs associés à l’admission en structure
sont un âge élevé (odds ratio = 1,17; IC 95%: 1,07-1,27)
et le déclin cognitif (OR = 5,85 ; IC 95%: 1,5-21,5).
En revanche, la sévérité du déficit fonctionnel n’était pas
un facteur prédictif d’institutionnalisation. Quelques critiques
concernent l’effectif faible et l’environnement social
favorable des patients. L’IQCODE est influencée par la personnalité
de l’informant et par la qualité d’entente entre
l’informant et le patient.
Cette étude a l’intérêt de montrer que l’atteinte cognitive
pré-AVC est plus importante que les séquelles de l’AVC
pour prédire la nécessité d’admission en institution.
Dr Marc Paccalin
- M. Pasquini, D Leys, M. Rousseaux et al. Influence of
cognitive impairment on the institutionalisation rate 3 years
after stroke. J Neurol Neurosurg Psychiatry 2007; 78 : 58-9.
Le syndrome confusionnel post-opératoire est-il associé à des résultats
cognitifs faibles et à la démence ?
Le syndrome confusionnel post-opératoire est bien
connu en chirurgie orthopédique, avec une incidence
plus importante après traitement des fractures du col
fémoral qu’au décours d’interventions programmées.
Néanmoins la prévalence de la confusion post-opératoire
et le risque associé de présenter un syndrome démentiel
sont particulièrement sous-estimés.
Des études antérieures ont montré que la présence d’unétat confusionnel à l’admission ou lors d’une hospitalisation
se soldait par une incidence de syndrome démentiel
de 18%/an avec une forte proportion d’institutionnalisation
(Age Ageing 1999 ; 28 : 551 ; J Neurol Neurosurg Psychiatry
2000 ; 69 : 519). L’objectif de ce travail était d’évaluer
l’influence du syndrome confusionnel post-opératoire
sur le risque de survenue d’un syndrome démentiel.
L’étude a comparé l’évolution cognitive de 2 groupes de
patients opérés pour prothèses de genou ou de hanche.
L’un avait présenté un syndrome confusionnel post-opératoire
(n=31 ; 80,4 ± 7,9 ans) et l’autre, significativement
plus jeune, n’avait pas présenté de complication
(n=59; 75,4 ± 7,4 ans). Le sex-ratio et le niveau d’éducationétaient similaires dans les 2 groupes. L’analyse aété réalisée avec le test IQCODE.
Les résultats indiquent que le score IQCODE était significativement
plus élevé dans le groupe des patients qui
ont présenté un syndrome confusionnel. Le risque de
survenue d’une démence était 10 fois plus important
chez les patients avec antécédent de syndrome confusionnel
post-opératoire (p<0,0001) : 19 patients ont présenté
une démence dont 16 issus du groupe syndrome
confusionnel.
Le biais essentiel de cette étude est l’analyse rétrospective
avec un diagnostic de syndrome confusionnel postopératoire
suspecté à partir des transmissions infirmières.
Ceci laisse à penser une sous-estimation des syndromes
confusionnels en particulier dans la forme hypo-active.
Des études futures devraient s’intéresser au statut cognitif
pré-opératoire et une meilleure description du syndrome
confusionnel post-opératoire.
Dr Marc Paccalin
- P Wacker, PV Nunes, H Cabrita, OV Forlenza. Postoperative
delirium is associated with poor cognitive outcome
and dementia. Dement Geriatr Cogn Disord 2006 ; 21: 221-7.