La xérostomie :
Quels enjeux et quelles stratégies
en gériatrie ?
Michel Salom
Médecin gériatre, Centre de gérontologie Léopold-Bellan,
Magnanville
La xérostomie touche de nombreux vieillards, qui n’abordent pas spontanément
le sujet et vivent avec en développant des pathologies secondaires affectant
l’alimentation et plus généralement la qualité de vie.
Des conseils hygiéno-diététiques et de réduction de la iatropathogénie sont
nécessaires pour réduire cet inconvénient. En cas de résultat insuffisant, un
traitement palliatif est à envisager.
Généralités
La xérostomie est définie comme une sensation subjective
de sécheresse buccale. Elle s’accompagne généralement,
mais de façon inconstante, d’une hyposialie. Sa
tolérance est dépendante des individus, une petite réduction
du flux salivaire peut être très mal tolérée et inversement.
Les causes de la xérostomie sont nombreuses. Une xérostomie
transitoire peut survenir en cas d’anxiété ou de déshydratation,
prolongée, elle est le plus souvent liée à la
prise de certains médicaments, à une maladie de système
ou encore aux conséquences d’une radiothérapie
de la tête ou du cou.
La salive et ses composantes
Les glandes salivaires
Les glandes salivaires principales sont les parotides, les
sous maxillaires et les sublinguales elles sont symétriques
et respectivement en position séreuse, séromuqueuse et
muqueuse. Les glandes salivaires accessoires se répartissent
dans la muqueuse buccale sauf au niveau des
gencives et du palais osseux.
La production salivaire
La production salivaire est un phénomène réflexe, sous
la dépendance du système nerveux autonome sympathique
à l’origine d’une sécrétion visqueuse en petit volume
et parasympathique donnant une salive abondante et
fluide. Le système nerveux central commande l’excrétion
déclenchée par les stimuli.
L’hormone antidiurétique réduit le flux salivaire, l’aldostérone
régule la sécrétion des ions sodium et potassium.
Le débit salivaire
Le débit salivaire est en condition normale, de 500 à 1500
ml/jour mais se répartit en fonction des besoins. Important
pendant les repas avec une moyenne de 4 ml/mn il
est quasi nul pendant le sommeil avec 0,1 ml/mn et se
maintien à 0,3 ml/mn en situation basale.
Ceci permet de comprendre l’impression de bouche sèche,
quasi constante, ressentie au décours des réveils nocturnes,
dégradant la qualité du sommeil, d’autant plus que
l’on est ronfleur, que l’âge fragmente physiologiquement
le sommeil et qu’une hypertrophie prostatique aggrave
l’ensemble.
La composition de la salive
La composition de la salive est variable, la concentration
de sodium et de bicarbonate s’accroît à mesure que le
débit augmente. Le flux des chlorures varie moins en fonction
du débit et la concentration en potassium tend à
demeurer constante.
Le flux bicarbonaté augmente l’alcalinité de la salive,
assure le pouvoir « tampon », le pH salivaire vari de 6 à 8.
Les enzymes salivaires ont peu d’activité, la ptyaline est
une glucosidase dont l’action est optimale à pH 7, elle
hydrolyse partiellement les polysaccharides alimentaires.
L’amylase qui dégrade l’amidon en maltose ou la lipase
demandent que les aliments séjournent suffisamment
dans la bouche pour être efficaces. Les thiocyanates avec
la lactoperoxydase participent à la lutte antimicrobienne
en prévenant le développement des germes non commensaux. La mucine renferme des substances hapténiques
des groupes sanguins ABO, elle participe à la formation
du bol alimentaire et à la lubrification des muqueuses
buccales.
La xérostomie et les sujets âgés
Une pathologie sous diagnostiquée
La xérostomie est particulièrement fréquente chez les
sujets âgés.
Les vieillards ne se plaignent pas spontanément de leur
sécheresse de bouche, par contre, spécifiquement interrogés
sur l’existence de signes de xérostomie, la prévalence
réelle augmente sensiblement atteignant 30 % des
plus de 65 ans.
Le clinicien est lui aussi peu sensible à la recherche de
ce symptôme. Pourtant, si dans le cadre de la consultation
gériatrique, on s’astreint à simplement repérer, pendant
l’entretien, les comportements évocateurs quasi
réflexes faits de mâchonnements, de passage de la langue
sur les lèvres et plusieurs fois dans la bouche non
pas pour se donner le temps de la réflexion mais pour
tenter d’humidifier les muqueuses, on sera surpris du
nombre de cas potentiels.
La contre preuve sera apportée par l’acceptation immédiate
d’une proposition de traitement substitutif symptomatique.
Il semble que le vieillissement physiologique contribue à
la réduction du flux salivaire. Des études ont montré que
30 à 40 % du tissu glandulaire salivaire était remplacé
avec le temps par du matériel conjonctif avec diminution
de la concentration en sodium, mucines et IGA.
Ce constat est insuffisant pour expliquer la survenue du
handicap et il est indispensable d’en rechercher les causes
extrinsèques, souvent multiples et intriquées décompensant
une situation limite mais tolérable.
Les symptômes
La xérostomie s’exprime par des difficultés à parler, mastiquer
ou déglutir, un besoin permanent de s’humidifier
la bouche que se soit par la prise de petites quantités
d’eau ou de recherche de relance de la sécrétion en suçant
des bonbons et par une altération du goût.
Les malades rapportent des douleurs endobuccales à
type de brûlures ou de dysgueusies, une mauvaise haleine,
des troubles du goût ou une intolérance aux prothèses
dentaires.
Surtout le matin, les lèvres sont sèches, collées tout
comme la langue au palais.
Les muqueuses buccales sont rouges, sèches, vernissées,
la langue est souvent dépapillée, la salive rare, collante,
mousseuse voire inexistante.
On ne retrouve pas la réserve salivaire située normalement
à la base de la langue.
Le préjudice est évident, la peur de ne pas pouvoir soutenir
une conversation, d’être une gêne pour les autres
en particulier pendant les repas, créent les conditions
d’une réduction des contacts sociaux et affectifs et un
recentrage des activités autour de la gestion du handicap.
Les insomnies et les douleurs sont parfois responsables
d’un syndrome dépressif réactionnel bien
compréhensible.
Les conséquences
L’altération qualitative ou quantitative de la salive provoque
des complications locales : les candidoses récidivantes
par adhésion du candida à la muqueuse facilitée
par la réduction du flux salivaire, du PH et des IGA sécrétoires,
les caries multiples et évolutives, la gingivite, la
plaque dentaire inesthétique et nauséabonde les parodontopathies
préparant l’édentation, l’intolérance aux prothèses
dentaires et concomitamment, les ulcérations
douloureuses de la muqueuse.
Des troubles alimentaires peuvent rapidement conduire
à une anorexie, une malnutrition ou une dénutrition. Les
sujets s’orientent spontanément vers des textures qui
« glissent » mieux, riches en sauces et en lipides. A leur
demande ou dans le cadre plus général des soins de
confort nécessités par les séquelles de la radiothérapie,
des substituts liquides seront prescrits
Le dépistage

Quatre
questions simples permettent son dépistage : Avezvous la bouche sèche lorsque
vous mangez ou que vous parlez ? Prenez-vous des gorgées de liquide pour
avaler des aliments secs ? Avez-vous des difficultés à avaler certains mets
? Avez-vous la sensation d’avoir la bouche sèche quotidiennement depuis
plus de 3 mois ?
Le déficit salivaire peut être facilement mis en évidence
à la consultation par le test du morceau de sucre (un morceau
de sucre n° 4 placé sous la langue fond normalement
en 3 minutes) ou plus sophistiqué, le test avec une
gaze (la différence de poids entre la gaze sèche et après
5 mn sous la langue doit normalement être supérieure à
0,1 g/min). Il faut pour réaliser cette épreuve, se doter
d’une balance de précision.
Les agonistes sympathiques ou antagonistes parasympathiques,
peuvent provoquer des hyposialies. Ils sont présents
dans la composition de nombreux produits utilisés
dans le traitement des pathologies pulmonaires, ophtalmiques,
neurologiques et psychiatriques. Les psychotropes,
en particulier les antidépresseurs tricycliques, mais
aussi les antihistaminiques, les antihypertenseurs et les
diurétiques sont en gériatrie les médicaments les plus
souvent incriminés. La xérostomie secondaire à la prise de médicament est habituellement un phénomène réversible
à la différence de celle induite par la radiothérapie
utilisée dans le traitement des tumeurs de la tête et du
cou. Du point de vue clinique, la lésion radio-induite des
glandes salivaires entraîne une xérostomie plus sévère
que celle provoquée dans la plupart des cas par les médicaments.
Après une période d’hyperproduction épaisse
de deux semaines, la sécrétion se tarit. Les techniques
actuelles cherchent à mieux protéger les glandes salivaires
principales.
Les maladies systémiques avec comme premier cité, le
syndrome de Gougerot-Sjögren dont le diagnostic gériatrique
n’est pas si fréquent, peuvent être responsables
de xérostomie mais aussi les déficits immunitaires (sarcoïdose,
VIH, maladie du greffon contre l’hôte…).
La xérostomie est associée de façon non fortuite avec les
déshydratations, le diabète sucré, l’hypothyroïdie, les maladies
de Parkinson et d’Alzheimer
La respiration bouche ouverte, le port des prothèses dentaires,
une mauvaise hygiène buccale complètent les causes
principales de xérostomie.
Prise en charge de la xérostomie
chez le sujet âgé
La prise en charge efficace d’un patient présentant une sécheresse buccale repose
sur le traitement de la maladie causale et l’arrêt des médicaments incriminés
lorsque cela est possible, à défaut par :
• le soulagement symptomatique ;
• la prévention ou la correction des séquelles de l’hyposialie ;
• le traitement des affections induites.
Conseil aux patients
L’emploi tri quotidien d’un dentifrice si possible fluoré en sachant que
les sensations de brûlure peuvent, à cause du fluor, se majorer et un parfait
nettoyage des prothèses mobiles dont l’habitude n’est pas toujours acquise.
En association, les bains de bouche avec un mélange d’une cuillérée de bicarbonate
de sodium par verre d’eau tiède, réduisent les sensations de brûlure et
luttent contre le développement des mycoses.
Le maintien d’une hydratation correcte de la muqueuse buccale par l’absorption
fréquente de petites quantités d’eau pétillante pour humecter et nettoyer
les tissus. Éviter la consommation de tabac, d’alcool et de caféine qui
aggravent la sécheresse buccale étant entendu que les patients ont déjà
supprimé les produits épicés ou acides spontanément douloureux.
Disposer un humidificateur près du lit pour limiter le dessèchement des
tissus buccaux pouvant survenir la nuit. On peut tenter de maximaliser les
secrétions salivaires par l’emploi de gommes à mâcher ou de bonbons acidulés,
mentholés… sans sucre.
Les traitements
Les sialagogues à base de pilocarpine (Salagen®) sont chers, non remboursés,
ont des effets secondaires sur l’ensemble des secrétions, sont vasodilatateurs,
tachycardisants et responsables d’un inconfort digestif, les réservant aux
xérostomies post radique et à la maladie de Gougerot- Sjögren.
L’Anétholtrithione (Sulfarlem S 25®) n’a pas une efficacité redoutable,
sa prescription reste un classique sous la plume des psychiatres. Les substituts
dont la composition tend à s’approcher de celle de la salive naturelle obtiennent
des résultats favorables en termes de réduction de la sécheresse buccale,
de sévérité des symptômes associés à la xérostomie, sans effets indésirables
significatifs, ni modification de la flore buccale normale ; l’Artisial®
est l’un des plus prescrit, il faut souvent plus que les 6 à 8 pulvérisations
recommandées par 24 heures pour obtenir un soulagement durable. Un triester
de glycérol oxydé habituellement employé sous forme de gel par les stomatologistes
et les chirurgiens dentistes (Buccagel®) a été décliné en spray : Aequasyal®
lubrifiant buccal formant un film lipidique protecteur contre les traumatismes
mécaniques et réduisant la sécheresse buccale, le produit piège la salive
résiduelle son efficacité démontrée par une étude clinique en gériatrie,
permet d’améliorer notablement le sort des malades.
La xérostomie est un symptôme très difficile à supporter dont l‘origine
première est iatrogénique. Y penser c’est déjà rendre service car les conseils
hygiéno diététiques et lorsque cela reste nécessaire, le traitement palliatif
local apportent un réel soulagement et contribuent au maintien de la socialisation
du malade âgé.
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