DÉMENCES ET XÉROSTOMIE

Place de l’évaluation neuropsychologique dans
le suivi des démences

Jérôme Erkès
Neuropsychologue, Centre de prévention et de traitement des maladies du vieillissement, CHU de Montpellier

L'évaluation neuropsychologique de patients atteints de maladie d'Alzheimer se limite généralement à un apport au diagnostic précoce de la maladie. Elle peut cependant apporter également de précieuses informations dans le suivi de ces patients. La démarche guidant le neuropsychologue doit alors être différente et adaptée à ce cadre.

L'évaluation neuropsychologique dans le suivi de la maladie d'Alzheimer peut avoir pour objectif de permettre la mise en place d'une thérapie non médicamenteuse des troubles cognitifs et comportementaux présentés par le patient. Dans ce contexte, elle se centrera sur la mise en évidence des déficits du patient mais également de ses capacités cognitives préservées (sur lesquelles se basera la prise en charge), ainsi que sur le choix du ou des handicap(s) spécifique(s) sur lesquels l'intervention tentera d'agir. L'évaluation de l'efficacité de telles interventions se fait au moyen de l'utilisation de lignes de bases multiples pré- et post-thérapeutiques, incluant des évaluations du fonctionnement cognitif, du comportement et de l'humeur et de la qualité de vie. L'impact de l'intervention sur l'aidant (sur le fardeau, la qualité de vie, l'humeur, etc.) doit également être mesuré. Enfin, les lignes de base doivent inclure une évaluation du handicap pris en charge afin d'objectiver une éventuelle amélioration.

Caractériser l’évolution de la maladie

Plus fréquemment, l'évaluation neuropsychologique de suivi s'inscrit uniquement dans une démarche de caractérisation de l'évolution de la maladie et des problématiques vécues par le patient et son aidant, complétant ainsi la consultation dite de routine réalisée par le médecin. Dans ce contexte, l'évaluation neuropsychologique sera centrée sur trois points centraux dans l'évolution d'une maladie d'Alzheimer : l'évaluation du fonctionnement cognitif du patient, l'évaluation des modifications comportementales et de l'humeur et la prise en compte de l'aidant.

Les échelles d’évaluation

L'évaluation cognitive doit être réalisée de manière adaptée au patient, au moyen d'échelles construites à cette fin, suffisamment sensibles pour objectiver des modifications tout au long de l'évolution (voir tableau joint). Elle est centrée sur une quantification de l'efficience cognitive globale, ainsi que sur la mise en évidence, de manière assez grossière, des domaines cognitifs particulièrement touchés et de ceux qui restent globalement fonctionnels. L'examen est généralement moins long que pour une évaluation de diagnostic, en raison des déficits cognitifs plus importants et des capacités attentionnelles plus réduites des patients aux stades non débutants de la maladie. L'évaluation comportementale, rarement réalisée de manière détaillée et objective, est pourtant fondamentale de par la prévalence des modifications du comportement et leur impact sur la qualité de vie du patient et de l'aidant. A nouveau, elle doit être réalisée au moyen d'échelles spécifiquement construites à cette fin, telles que l'inventaire neuropsychiatrique (NPI, Cummings et coll. 1994) ou l'échelle comportementale de la démence (ECD, Verny et coll. 1999).

La prise en compte de l’aidant

Enfin, la prise en compte de l'aidant, réalisée au cours d'entretiens semi-dirigés est également fondamentale. L'aidant est le premier acteur de prise en charge, il est donc le plus à même de fournir des informations nécessaires à la compréhension du patient. En outre, sa souffrance et son fardeau doivent être entendus et pris en compte, voire accompagnés, car, s'il s'effondre, c'est généralement tout le système de prise en charge du patient qui s'effondre. Une rencontre entre le neuropsychologue et l'aidant devrait ainsi être systématisée lors des évaluations de suivi, ce qui reste trop peu souvent le cas à l'heure actuelle.

Conclusion

L'évaluation neuropsychologique peut donc être un examen apportant des informations utiles, voire indispensables dans le suivi de la maladie d'Alzheimer. Elle n'est cependant possible que si elle est adaptée à ce contexte précis, tant dans le choix des outils d'évaluation que dans la démarche globale qui la guide. En se centrant sur l'évaluation des modifications cognitives et comportementales du patient et en intégrant l'aidant, elle permet sans aucun doute d'améliorer la prise en charge des patients présentant une maladie d'Alzheimer.

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