Hommage
à Aloïs Alzheimer
Histoire d’une découverte
100 ans, déjà… C’est en 1906, lors de la 37e conférence des psychiatres allemands,
qui s’est tenue dans la ville bavaroise de Tubïngen, que le neuropsychiatre
Aloïs Alzheimer décrivait pour la première fois les symptômes d’une maladie
neurodégénérative qui allait rapidement consacrer son nom et devenir un
des fléaux de la fin du XXe siècle et du début du XXIe.
Né en Bavière en 1864, Aloïs Alzheimer suit des études de médecine à Berlin,
Würzburg et Tubïngen, dont il sortira licencié en 1888. Embauché à l’hôpital
psychiatrique de Francfort, il fait la connaissance en 1901 d’une patiente
de 48 ans, dont le nom est Auguste D…
Une patiente numéro 1 nommée Auguste D.
« Comment vous appelez-vous ? Auguste.
Quel est votre nom de famille ? Auguste.
Comment s’appelle votre mari ? Auguste, je crois. »
À la suite de cet entretien qui eut lieu le 26 novembre 1901, Auguste D.,
femme d’un cheminot allemand, est internée à l’hôpital psychiatrique de
Francfort, et rentre dans l’histoire de la médecine comme la patiente numéro
1 de la maladie d’Alzheimer.
Le cas intrigue le Dr Alzheimer. La patiente est assez jeune, ses troubles
mentaux sont apparus relativement vite et se sont aggravés rapidement. Ce
jour-là, le docteur Alzheimer a flairé quelque chose. Il fera passer à sa
patiente différents tests, l’interrogera sur son histoire et sa famille.
Mais il obtient toujours les mêmes réponses incohérentes, surréalistes.
Le comportement étrange de cette patiente éloigne les autres pensionnaires
de l’établissement.
En 1903, le Dr Alzheimer rejoint à Heidelberg l’équipe du Pr Emil Kraepelin
et abandonne sa patiente à Francfort. 3 ans passent, et un coup de téléphone
lui annonce le décès d’Auguste D. ; il demande à recevoir non seulement
le dossier médical de cette patiente si peu ordinaire, mais aussi son cerveau
pour y pratiquer une autopsie. Il va ainsi découvrir un cerveau à « trous
» dus à un fort déficit en neurones, une fibrillation très étonnante des
cellules nerveuses, ainsi que des dépôts curieux d’une substance encore
inconnue (les dépôts de plaques amyloïdes). Suite à cette découverte, il
décide de présenter le cas d’Auguste D. à la 37e conférence des psychiatres
allemands qui se tient en 1906 à Tübingen. C’est un échec retentissant.
Aucun participant ne s’intéresse à la découverte d’Aloïs Alzheimer, et aucune
publication ne sera réalisée. Finie Auguste D., Alzheimer abandonne le cas
et l’oublie.
Il faudra atteindre 1910 pour que le cher Docteur ait droit à la reconnaissance
de ses pairs. En fait c’est le Professeur Kraepelin qui dans son traité
sur l’aliénation baptisera cette curieuse maladie du cortex du nom de son
découvreur… la maladie d’Alzheimer. Malheureusement, 5 ans plus tard, le
célèbre docteur décède emportant avec lui le dossier médical de la patiente
numéro 1 : Auguste D. Il faudra attendre 1995, pour que les chercheurs Maurer,
Volk et Gerbaldo retrouvent dans les archives de l’hôpital psychiatrique
de Francfort le fameux dossier…
Olivier Frégaville-Arcas