Utilisation des médicaments contre
l’hypertension et leur incidence sur
la maladie d’Alzheimer.
La Cache County Study.

Plusieurs études ont montré une corrélation entre l’hypertension artérielle
(HTA) et le risque accru de maladie d’Alzheimer (MA) chez les patients qui
n’ont jamais été traités pour leur HTA (Skoog et al. Lancet 1996 ; Launer
et al. Neurobiol Aging 2000). Ceci a conduit à d’autres études portant sur
l’intérêt des médicaments anti-hypertenseurs.
Les résultats sont controversés avec un intérêt sur la prévention de la
MA pour certaines (Guo et coll. Arch Neurol 1999), un intérêt pour la prévention
de la démence vasculaire pour d’autres (in’t Veld et al. Neurobiol Aging
2001), ou un ralentissement du déclin cognitif (Murray et coll. Arch Intern
Med 2002).
Les essais cliniques concernant la prévention des maladies cardio-vasculaires
ont progressivement intégré le suivi cognitif comme objectif d’étude. De
nouveau, les résultats sont controversés avec absence d’effet bénéfique
sur les performances cognitives dans certaines études (étude SHEP, JAMA
1991 ; étude SCOPE J Hypertens 2003) ou un moindre déclin cognitif dans
d’autres qui utilisaient des IEC ou des inhibiteurs calciques (étude HOPE,
BMJ 2002 ; étude PROGRESS Arch Intern Med 2003 ; étude Syst-Eur Lancet 1998
et Arch Intern Med 2002).
Dans cet article, les auteurs rapportent les données épidémiologiques entre
1995 et 1998 de la population des plus de 65 ans du Cache County (Utah).
Sur les 5 092 sujets inclus, 355 avaient une démence diagnostiquée en 1995.
En 1998, sur les 3 308 participants évaluables, 45 % avaient un traitement
anti-hypertenseur (diurétique 26,5 %, inhibiteur calcique 15 %, IEC 13 %,
beta-bloquant 11,5 %, bithérapie 18 %). Il était noté 185 cas de démence
supplémentaires (dont 104 MA). Les patients traités par anti-HTA étaient
plus âgés et polypathologiques que les « non traités ».
L’analyse multivariée révélait une réduction significative de 74 % du risque
de MA chez les patients traités par les diurétiques, en particulier les
traitements épargneurs potassiques qui étaient également associés à une
moindre mortalité et ce indépendamment de la qualité du contrôle de l’HTA.
Il n’y a pas d’explication physiopathologique précise à cet effet, mais
il semblerait que l’élévation de la kaliémie soit associée à un moindre
risque de démence par protection d’un stress oxydant particulièrement délétère
pour les neurones.
Au total, une nouvelle étude qui souligne
l’intérêt d’un traitement anti-hypertenseur pour prévenir la survenue
de MA avec une classe médicamenteuse différente des traitements antérieurement
étudiés.
Dr Marc Paccalin
- AS Khachaturian, et al. Antihypertensive medication use
and incident Alzheimer disease. The Cache County Study.
Arch Neurol 2006 ; 63 : in press.
Efficacité d’un traitement d’entretien chez les personnes âgées
dépressives
La dépression est fréquente chez les personnes âgées. Il s’agit d’une pathologie
potentiellement grave, voire mortelle, dégradant toujours de façon importante
la qualité de vie des patients. Son expression clinique peut prendre des
formes diverses, ce qui en rend parfois le diagnostic délicat. Le traitement
diffère aussi de celui de l’adulte pour le choix des molécules (éviter les
tricycliques, les molécules à demi-vie longue, les produits très stimulants),
le délai d’action des antidépresseurs (4 à 6 semaines), le risque accru
d’effets indésirables. Le risque de rechute est également élevé posant la
question de la durée optimale des traitements et de leur rapport bénéfice/risque.
Cette étude a permis d’évaluer l’efficacité d’un traitement d’entretien
par paroxétine associé à une psychothérapie chez des patients âgés de 70
ans et plus présentant une dépression.
Il s’agit d’une étude randomisée, contrôlée, en double aveugle vs placebo.
116 patients ayant répondu à l’association paroxétine et psychothérapie
au cours de la phase aiguë ont été randomisés dans l’un des quatre traitements
d’entretien : paroxétine ou placebo associé à une psychothérapie mensuelle
ou à un simple accompagnement clinique. Le suivi a duré deux ans ou jusqu’à
l’apparition d’une rechute dépressive.
Résultats
Une rechute est apparue au cours du suivi chez 35 % des patients recevant
l’association paroxétine et psychothérapie, chez 37 % de ceux recevant paroxétine
et accompagnement simple, mais chez 68 % de ceux recevant placebo et psychothérapie
et chez 58 % de ceux recevant placebo et accompagnement clinique simple
(p = 0,02).

Après ajustement sur la psychothérapie, le risque relatif de rechute parmi
les patients sous placebo était 2,4 fois plus élevé que parmi ceux traités
par paroxétine.
Le nombre de patients à traiter par paroxétine pour prévenir une rechute
était de 4. Les patients présentant moins de comorbidités ou des comorbidités
moins sévères ont eu un meilleur résultat sous paroxétine.
Cette étude a malheureusement mélangé des patients présentant un premier
épisode dépressif (55 %) et des patients ayant déjà présenté plusieurs épisodes
dépressifs. Elle confirme cependant l’intérêt de traitements prolongés de
la dépression des personnes âgées.
Ceci étant, il convient de rappeler quelques
modalités particulières des traitements antidépresseurs chez les personnes
âgées : laisser aux antidépresseurs un délai d’action suffisant et ne
pas porter trop rapidement un jugement sur leur efficacité. Ces traitements
doivent être suffisamment prolongés : six mois - un an minimum pour un
épisode unique, 1-2 ans, voire davantage en cas d’épisodes dépressifs
répétés.
Pr François Paille
- Reynolds C et al. « Maintenance treatment of major
depression in old age» N Engl J Med 2006 ; 3544 : 1130-8.
Effets délétères des médicaments
anticholinergiques sur les fonctions
cognitives
Les
médicaments anticholinergiques sont bien connus pour provoquer des effets
délétères sur les fonctions cognitives. Ceci vient d’être confirmé, s’il
en était besoin, par une étude montpelliéraine.

372 patients âgés de 60 ans et plus, sans démence à l’inclusion, ont été
recrutés par 63 médecins généralistes sélectionnés de manière aléatoire.
Parmi ces patients, 9,2 % prenaient de façon continuelle un médicament anticholinergique
pendant l’année précédant l’évaluation cognitive. Comparés aux non usagers,
ces patients avaient des performances plus faibles sur le temps de réaction,
l’attention, les capacités visuo-spatiales, la mémoire non verbale différée,
le rappel immédiat et différé d’une liste de mots et la mémoire implicite.
80 % des utilisateurs réguliers ont été considérés comme ayant un MCI contre
35 % seulement chez les non usagers. L’utilisation d’un médicament anticholinergique
est donc un facteur prédictif important de découverte d’un MCI (p = 0,001).
En revanche, aucune différence n’a été trouvée entre les usagers et les
non usagers en ce qui concerne le risque de développer une démence après
huit ans de suivi.
Il apparaît donc essentiel de rechercher
l’existence de médicaments délétères sur les fonctions cognitives, notamment
la prescription de médicaments anticholinergiques, chez les patients âgés
présentant des altérations légères des fonctions cognitives. Leur arrêt
permet souvent une restitution ou en tout cas une amélioration très nette
de leurs capacités cognitives.
Pr François Paille
- Ancellin M et al. «Non-degenerative mild cognitive
impairment in elderly people and use of anticholinergic
drugs : longitudinal cohort study ». Br Med J 2006 ; publication
avancée en ligne le 1er février 2006 (DOI :
10.1136/bmj.38740.439664.DE).