Prévenir la iatrogénèse médicamenteuse
Dr Patrick Friocourti
En juin 2005, l’Afssaps a édité un livret disponible en ligne à l’adresse :
agmed.sante.gouv.fr/htm/10/iatro/iatro.pdf,
qui rappelle les grands principes de la prévention de la iatrogénèse médicamenteuse
chez le sujet âgé. Les grandes lignes en sont bien évidemment connues des
gériatres mais sa lecture est néanmoins intéressante.
Il est ainsi rappelé, qu’en 2001, les plus de 65 ans consommaient 39 % des
médicaments prescrits en ville, que 10 à 20 % des effets indésirables médicamenteux
conduisaient à une hospitalisation et que 30 à 60 % des effets indésirables
des médicaments étaient prévisibles et évitables.
Une cause médicamenteuse doit systématiquement être évoquée devant toute
altération de l’état de santé sans explication évidente.
Les principaux facteurs de risque à prendre en compte sont les risques liés
à l’âge et aux modifications pharmacologiques (pharmacocinétiques et pharmacodynamiques)
liées au vieillissement, ceux liés aux conséquences du vieillissement sur
les conditions d’administration (et parmi celles-ci les troubles de la déglutition
qui peuvent être source de stagnation des médicaments dans la bouche et
l’oesophage), les facteurs de risques sociaux et environnementaux (notamment
en cas de conditions climatiques extrêmes) et les facteurs liés à une mauvaise
utilisation des médicaments (prescription inadaptée, mais aussi insuffisance
d’information du patient et de son entourage).
Dans un souci de clarification et de mise au point concernant l’altération
ou la modification d’action de certains médicaments avec de fortes hausses
ou/et de fortes baisses de température, l’Afssaps a édité les documents
suivants « Grand froid et médicaments » et « Canicule et médicaments ».
Ces derniers sont disponibles aux adresses Internet suivantes :
afssaps.sante.fr/htm/10/froid/froid1.pdf
et
afssaps.sante.fr/htm/10/canicule/canicul1.pdf.
Certains médicaments sont susceptibles d’aggraver une hypothermie, notamment
les neuroleptiques et les benzodiazépines.
La vasoconstriction liée au froid peut modifier le profil pharmacocinétique
des médicaments à marge thérapeutique étroite (comme certains anti-épileptiques
et la digoxine) ou modifier l’absorption (comme dans le cas des patchs).
Enfin certains médicaments peuvent perturber la thermorégulation au niveau
périphérique en limitant la réponse vasoconstrictrice : certains antihypertenseurs
(comme les inhibiteurs calciques, les IEC et les antagonistes des récepteurs
de l’angiotensine II) et les vasodilatateurs (dérivés nitrés).
Les recommandations générales sur la prévention de la iatrogénèse médicamenteuse
concernent les informations sur le patient lors de la prise de décision
thérapeutique, la maîtrise du traitement lors de la rédaction de l’ordonnance,
l’évaluation de l’efficacité et de la tolérance lors du suivi et les précautions
lors de la délivrance par le pharmacien.
Le document reprend ensuite les recommandations par classes thérapeutiques.
Les principes actifs les plus fréquemment mis en cause dans les notifications
d’effets indésirables graves aux centres de pharmacovigilance chez les patients
de plus de 70 ans sont la fluindione, le furosémide, la spironolactone,
la digoxine et l’amiodarone. Il s’agit donc d’une synthèse à garder à proximité
du carnet d’ordonnances et à consulter de temps à autre.
Prise en charge thérapeutique du patient dyslipidémique
De nouvelles recommandations sur la prise en charge des dyslipidémies ont été
publiées en mars 2005 par l’Afssaps, actualisant les recommandations de
l’ANAES publiées en 2000 sur la prise en charge des dyslipidémies et les
modalités de dépistage et de diagnostic. Nous rappellerons ici les principaux
points qui peuvent intéresser les gériatres.
Cholestérol et prévention
Le cholestérol LDL (LDL-C) est la principale lipoprotéine
athérogène. La relation entre le taux de LDL-C et l’incidence
des complications athéromateuses est largement démontrée,
aussi les recommandations s’appuient sur les taux du LDL-C dont la baisse
réduit le risque de survenue
d’événement cardiovasculaire. Il est actuellement démontré
que le bénéfice de la prévention n’est pas exclusivement
coronaire et qu’il s’étend à la protection des accidents
vasculaires cérébraux pour les patients à haut risque.
La prévention doit tenir compte du terrain c’est-à-dire des
atteintes athéromateuses (coronaires, vasculaires cérébrales,
mais aussi athérosclérose des artères des membres
inférieurs et de l’aorte) et du risque cardiovasculaire
global qui fait intervenir différents facteurs de risques
(âge, diabète, hypertension artérielle, tabagisme, taux
bas
de cholestérol HDL, l’hérédité n’ayant pas grande
signification
chez le sujet âgé).
Le bilan lipidique
Les décisions thérapeutiques dépendent du résultat
du bilan lipidique (« exploration d’une anomalie lipidique »)
qui est donc incontournable et doit comprendre la détermination des
concentrations du cholestérol total, des triglycérides et
des fractions HDL et LDL du cholestérol. La mesure de la glycémie
à jeun est indispensable en cas de dyslipidémie.
Les niveaux cibles du cholestérol LDL définissent l’intervention
thérapeutique et dépendent de l’état cardiovasculaire
du patient et du nombre de ses facteurs de risque.
En l’absence de facteur de risque, le bilan lipidique normal est le suivant
:
• cholestérol LDL < 1,60 g/l (4,1 mmol/l) ;
• triglycérides < 1,50 g/l (1,7 mmol/l) ;
• cholestérol HDL > 0,40 g/l (1 mmol/l).
Les recommandations stipulent qu’en règle générale
la réalisation d’un bilan lipidique de dépistage au-delà
de 80 ans n’est pas justifiée.
La démarche doit être la suivante
Déterminer le risque cardiovasculaire global, définir
le taux cible du cholestérol LDL et, en fonction de ce risque, décider
ou non d’entreprendre un traitement (qui n’est pas exclusivement médicamenteux).
Estimer le risque vasculaire global
Les recommandations valident l’attitude du décompte des facteurs
de risque, plus appropriée à la pratique clinique même
si elle est moins précise que les diverses équations et modèles
disponibles qui ne sont de toute façon pas adaptés au grand
vieillard (disponible à l’adresse suivante :
www.has-sante.fr/anaes/Publications.nsf/wEdition/RA_LFAL68CJV2).
Les facteurs de risque devant être pris en compte pour le calcul sont
classiques (Tab. I) mais pour le gériatre, les antécédents
familiaux de maladie coronaire précoce n’ont pas grande signification
et le tabagisme est rare chez le sujet âgé.
Tous les patients âgés ont au minimum un facteur de risque
(l’âge) et les facteurs à rechercher sont donc l’hypertension
artérielle (traitée ou non), le diabète (traité
ou non) et les taux bas de cholestérol-HDL. La mesure du taux de
HDL-C est indispensable à double titre : un taux bas (< 0,40 g/l
[1 mmol/l]) est un facteur de risque et à l’inverse un taux supérieur
à 0,60 g/l est protecteur et doit amener à décompter
un facteur de risque au score. Il est en outre relativement fréquent
de trouver des taux élevés de HDL chez les grands vieillards
qui ont un cholestérol total élevé.
Définir le taux cible de cholestérol LDL
Les taux cible recommandés sont rappelés sur le tableau 2. Pour les patients suivis
par les gériatres, le taux du cholestérol LDL doit donc toujours être inférieur
à 1,9 g/l. Les diabétiques âgés hypertendus devraient avoir un taux de LDL-C
inférieur à 1 g/l. De même le cholestérol LDL devrait être inférieur à 1
g/l chez les patients ayant un antécédent vasculaire (insuffisance coronaire,
accident vasculaire cérébral ischémique et artérite à partir du stade II).
Les recommandations précisent bien que la prévention cardiovasculaire a
des effets démontrés dans les populations de sujets âgés de 70 à 80 ans
et qu’il faut appliquer les mêmes règles de prise en charge que chez les
adultes plus jeunes. De nombreuses études ont montré une réduction du risque
chez les sujets à risque qui ont des valeurs de cholestérol LDL proches
des valeurs moyennes de la population

générale.
Les dernières recommandations incitent donc à une attitude « agressive »
dans les populations à haut risque. Les sujets âgés ne devraient donc plus
être sous-traités.
Cependant, si les effets de la baisse du LDL sont bien démontrés en prévention
primaire et secondaire jusque vers 80 ans, il n’y a pas d’étude d’intervention
à un âge plus élevé (les patients inclus dans les études HPS et PROSPER
avaient 85 ans à la fin des travaux scientifiques). Il est possible que
cela soit encore vrai en prévention secondaire. En revanche, en prévention
primaire après 80 ans, s’il est parfois licite de poursuivre un traitement
chez des personnes âgées à très haut risque, l’instauration d’un traitement
n’est pas recommandée.
Les éléments nouveaux sont donc l’incitation à traiter les patients «vasculaires»
et non plus uniquement coronariens, avec les mêmes objectifs que les adultes
plus jeunes, y compris en prévention primaire jusqu’à 80 ans. La prudence
reste de mise en prévention primaire chez les personnes très âgées.
Entreprendre un traitement
Dans cette recommandation de l’Afssaps, la nécessité des mesures hygiéno-diététiques
est rappelée, notamment le contrôle du poids et la correction d’une sédentarité
excessive.
Le traitement médicamenteux conseillé en première intention est pratiquement
toujours une statine et il est recommandé un contrôle des transaminases
dans les 3 mois qui suivent l’instauration du traitement (intérêt d’un contrôle
annuel par la suite) ainsi que d’un dosage des CPK avant l’instauration
du traitement dans les situations à risque, notamment d’insuffisance rénale
et après 70 ans, c’està- dire en pratique pour tous les patients gériatriques.
Conclusion
Ces recommandations doivent donc inciter à traiter de façon efficace les
patients à risque et à ne pas exposer les autres à des traitements coûteux
et inutiles. La décision finale reviendra au médecin, en accord avec son
patient, après avoir pris en compte les éléments de l’évaluation gériatrique.
Les recommandations de l’Afssaps sont accessibles à l’adresse suivante :
agmed.sante.gouv.fr/htm/10/filcoprs/050304.htm.