Traitements médicamenteux de
l’ostéoporose post-ménopausique
Françoise Debiais
Médecin rhumatologue,
Hôpital de la Milétrie,
Poitiers
La prise en charge thérapeutique de l’ostéoporose a bénéficié d’importants
progrès ces dernières années. De grandes études prospectives, contrôlées contre
placebo ont en effet montré la capacité de plusieurs traitements à diminuer le
risque de fractures. La plupart des médicaments disponibles (estrogènes,
raloxifène, bisphosphonates) inhibe la résorption osseuse. Mais d’autres
traitements, comme le tériparatide, fragment 1-34 de la parathormone humaine
stimule préférentiellement la formation osseuse. Dernier arrivé sur le marché et
très récemment commercialisé, le ranélate de strontium agit en stimulant
l’ostéoformation et en diminuant la résorption osseuse.
Principales données concernant l’efficacité de ces traitements
Dans tous les cas, les mesures générales sont nécessaires, incluant la correction
des carences en calcium et en vitamine D, une activité physique régulière
et la prévention des chutes chez les sujets âgés.
Les carences en calcium et en vitamine D sont fréquentes, chez le sujet
âgé et aggravent la perte osseuse par hyperparathyroïdie secondaire. Chapuy
et coll (1) ont montré qu’une supplémentation en vitamine D3 et en calcium
chez des femmes âgées institutionnalisées permet de réduire le risque de
fractures non vertébrales, en particulier du col fémoral.
Les apports calciques doivent être de l’ordre de 1 000 à 1 500 mg/jour.
La carence calcique sera corrigée par une augmentation des apports alimentaires
en laitages ou grâce à une supplémentation médicamenteuse. Une carence ou
une insuffisance en vitamine D sera corrigée par une supplémentation en
vitamine D associée à celle en calcium ou par des apports intermittents
d’une dose de charge de vitamine D.
La place du THS (traitement hormonal substitutif)
Cette dernière a été restreinte à la suite des publications d’études anglo-saxonnes
concluant à un risque accru de cancer du sein et d’accidents cardiovasculaires.
L’étude WHI (Women’s Health Initiative) (2) montre une augmentation des
infarctus du myocarde et des accidents vasculaires cérébraux de l’ordre
respectivement de 7 et 8 cas supplémentaires pour 1 000 femmes traitées
pendant 10 ans. Elle permet cependant de confirmer l’efficacité du traitement
pour diminuer les fractures de hanche.
Une étude anglaise cas-témoin (3) a confirmé l’augmentation de l’incidence
du cancer du sein, plus importante avec les estro-progestatifs qu’avec les
estrogènes seuls.
Les résultats de la cohorte française E3N (4) confirment l’augmentation
du risque de cancer du sein chez les femmes recevant une estrogénothérapie
associée à un traitement progestatif oral, mais ne montre pas d’augmentation
de ce risque pour un traitement oestrogénique seul ou associé à une progestérone
micronisée.
Les indications du THS ont fait l’objet d’une mise au point par l’Afssaps
en décembre 2003 (5) et sont actuellement limitées au traitement d’un syndrome
climatérique (à la dose minimale efficace et pour une durée courte) et dans
la prévention de l’ostéoporose chez les patientes ayant un risque fracturaire
élevé en cas d’intolérance à un autre traitement indiqué dans cette situation.
En septembre 2005, un rapport de l’Afssaps précise l’état des lieux de l’utilisation
du THS en France et envisage des propositions d’études complémentaires (6).
Le raloxifène
Cette molécule appartient à la famille des SERMs (Modulateurs sélectifs
des récepteurs des estrogènes). Il augmente la densité minérale osseuse
(DMO) de 2,6 % au rachis lombaire et de 2,1 % au col fémoral à 3 ans. Il
diminue le risque de fractures vertébrales à 3 ans de 55 % en l’absence
de fractures prévalentes et de 30 % en cas de fractures prévalentes(7).
Cet effet se maintient à 4 ans (8).
Il n’a pas montré de réduction de fractures périphériques, toutefois l’âge
moyen de la population étudiée est de 67 ans. Le raloxifène est donc indiqué
surtout en cas de prédominance rachidienne de l’ostéoporose. Comme le THS,
il augmente le risque thrombo-embolique veineux et les bouffés de chaleur.
En revanche, il n’a pas d’effet indésirable sur l’utérus ou le sein. Le
risque de cancer du sein invasif serait même diminué, comme cela est montré
dans une extension de l’étude MORE avec un recul de 8 ans (étude CORE) (9).
Des études spécifiques concernant le cancer du sein et le risque cardiovasculaire
sont cependant en cours.
Les bisphosphonates
Ces derniers ont une large place dans le traitement de l’ostéoporose post-ménopausique.
Trois molécules sont actuellement commercialisées en France : l’étidronate,
le risédronate et l’alendronate. Ces deux dernières ont démontré une efficacité
pour prévenir les fractures vertébrales et non vertébrales. Le risédronate
et l’alendronate sont disponibles en prise hebdomadaire, ce qui diminue
les contraintes liées à leur prise. Une nouvelle forme associant la dose
de 2 800 UI de vitamine D3 à 70 mg d’alendronate (un comprimé par semaine)
vient d’être récemment commercialisée et est indiquée chez les patientes
ostéoporotiques à risque d’insuffisance en vitamine D.
Deux études, concernant le risédronate, randomisées contrôlées en double
aveugle, l’une Nord-américaine (VERT NA) (10) et l’autre Multinationale
(VERT MN) (11) ont montré une diminution du risque de nouvelle fracture
vertébrale respectivement de 41 % et 49 % à 3 ans. Une extension de l’étude
VERT-MN montre que le risédronate réduit le risque de nouvelles fractures
vertébrales jusqu’à 5 ans (12). La diminution du risque de fracture du col
fémoral a été bien démontrée chez des femmes âgées avec une DMO fémorale
basse (13).
L’alendronate diminue le risque de fractures vertébrales de 47 % et de fracture
de hanche de 51 % chez des patientes avec au moins une fracture vertébrale
préexistante(14) et le risque de fractures vertébrales chez des patientes
sans fracture vertébrale de 44 %(15). Ces deux études couplées permettent
l’analyse des données chez des femmes ostéoporotiques et montrent une diminution
des fractures vertébrales de 48 % et des fractures de hanche de 53 % avec
la prise d’alendronate (16).
Des données concernant la tolérance osseuse de ces molécules sont disponibles
à plus long terme. Le risédronate a été prescrit pendant 2 ans supplémentaires
lors d’une extension de l’étude VERT-MN (étude ouverte lors de laquelle
toutes les patientes ont reçu le traitement)(17) : l’incidence annuelle
des fractures reste faible, sans signe de rebond entre 5 et 7 ans. Les données
de suivi vont jusqu’à 10 ans pour l’alendronate (18). Les biopsies réalisées
montrent une histologie normale de l’os trabéculaire et de l’os cortical
et une minéralisation normale de l’os. Le principal élément de prudence
quant à la prescription des bisphosphonates en gériatrie est leur contre-indication
en cas d’insuffisance rénale sévère définie par une clairance de la créatine
à 30 ml/min.
Le tériparatide
Cette molécule stimule de façon préférentielle la formation osseuse et entraîne
une amélioration de la microarchitecture osseuse. Il est administré sous
forme d’une injection sous-cutanée de 20 µg/jour pendant une durée maximale
de 18 mois dans le traitement de l’ostéoporose post-ménopausique avérée.
Ce traitement est remboursé chez les patientes ayant au moins 2 fractures
vertébrales.
Les résultats de l’étude princeps (19) montrent qu’à cette posologie, le
tériparatide diminue l’incidence des fractures vertébrales de 65 % par rapport
au placebo après 18 mois de traitement. Le risque d’avoir 2 ou plus de 2
fractures vertébrales est diminué de 77 % et le risque de survenue de fractures
vertébrales de grade modéré ou sévère est réduit de 90 %. L’efficacité du
tériparatide est indépendante de l’âge des patientes, du nombre et de la
sévérité des fractures vertébrales prévalentes, de la densité minérale osseuse
et du niveau de remodelage osseux (20-22). Le risque de fractures non vertébrales
par fragilité osseuse est diminué de 53 %. Ces effets antifracturaires s’accompagnent
d’une augmentation de la DMO lombaire de 9 % par rapport au placebo et au
niveau fémoral de 3 %(19).
À l’arrêt du traitement, la DMO lombaire et fémorale diminue, tout en restant
cependant supérieure à la valeur initiale, après 18 mois de suivi. Pendant
cette période, il persiste également une diminution du risque des fractures
vertébrales et non vertébrales chez les patientes ayant reçu antérieurement
un traitement par tériparatide (23, 24).
Les principaux effets indésirables sont des nausées, des céphalées, des
vertiges, des crampes et une hypercalcémie, le plus souvent modéré et transitoire
(19) ; après l’administration de tériparatide, la calcémie atteint une concentration
maximale entre 4 et 6 heures, et revient à sa valeur initiale 16 à 24 heures
après chaque injection.
Lorsque l’on souhaite vérifier le dosage de la calcémie chez une patiente,
celui-ci devra être fait au moins 16 heures après la dernière injection
de tériparatide. Du fait de l’augmentation transitoire de la calcémie, la
prudence s’impose chez les patientes traitées par des digitaliques. Le tériparatide
peut entraîner une légère augmentation de l’excrétion urinaire du calcium
et doit être utilisé avec prudence en cas de lithiase évolutive. Aucun cas
d’ostéosarcome n’a été noté dans les études humaines. Cependant en raison
d’une augmentation de la survenue d’ostéosarcomes notée dans une étude de
carcinogenèse chez des rats, seulement lors de l’administration d’une dose
élevée de parathormone et pendant presque toute la durée de leur vie (25),
les situations où il existe un risque augmenté de survenue d’ostéosarcome
(maladie de Paget, élévation inexpliquée des phosphatases alcalines osseuses,
antécédent d’irradiation du squelette) constituent une contre-indication
à la prescription de tériparatide.
Le ranélate de strontium
Cette molécule contient 2 atomes de strontium stable, ayant un mode d’action
original associant une stimulation de la formation osseuse à une diminution
de la résorption osseuse. Cette nouvelle molécule est administrée par voie
orale (un sachet de 2 g le soir au coucher).
Deux larges études multicentriques de phase III, randomisées en double aveugle
versus placebo (Études SOTI et TROPOS) concernant les effets anti-fracturaires
du ranélate de strontium ont été réalisées.
L’étude SOTI (Spinal Osteoporosis Therapeutic Intervention)
avait comme principal objectif d’évaluer sur 3
ans l’efficacité du ranélate de strontium pour prévenir les récidives de
fractures vertébrales dans une population de 1 649 femmes ayant au moins
une fracture ostéoporotique vertébrale prévalente(26). Dans le groupe traité
par le ranélate de strontium, une diminution significative du risque de
nouvelles fractures vertébrales de 49 % et 41 % a été observée respectivement
à 1 an et 3 ans par rapport au groupe placebo. Dans cette étude, on retrouve
à 3 ans une augmentation significative de la DMO de 14,4 % au niveau lombaire
et 8,3 % au col fémoral. Une part de l’augmentation de la DMO est artéfactuelle,
et est liée au poids atomique du strontium. L’étude des marqueurs osseux
a montré une augmentation significative de la phosphatase alcaline osseuse
et une diminution du taux sérique de CTX, reflétant le mécanisme d’action
de cette molécule.
L’étude TROPOS (TReatment Of Peripheral Osteoporosis)
avait comme objectif principal d’analyser sur 3 ans la capacité du ranélate
de strontium à diminuer l’incidence des fractures extravertébrales chez
5 091 femmes ménopausées ostéoporotiques de plus de 74 ans (ou entre 70
et 74 ans avec un facteur de risque supplémentaire de fracture) ayant une
DMO au col fémoral basse (27). Il existe une réduction de l’incidence de
nouvelles fractures périphériques de 16 % (p=0,04) dans le groupe de patientes
traitées par ranélate de strontium sur 3 ans. Une analyse effectuée dans
un sous-groupe comportant 1 977 patientes à risque élevé (âge > 74 ans et
T-score < 3), a montré une réduction significative du risque de fracture
du col du fémur de 36 % sur 3 ans.
Conclusion
Les données couplées de ces deux études ont permis également de mettre en
évidence une réduction du risque de fractures vertébrales de 48 % chez 2
605 femmes ménopausées ostéoporotiques sans fracture vertébrale prévalente,
et une diminution du risque de fractures vertébrales et non vertébrales
respectivement de 32 % et 31 % sur 3 ans par rapport au placebo chez les
femmes âgées de 80 ans ou plus.
Le ranélate de strontium peut entraîner une diarrhée (en général modérée
et transitoire). Dans les études couplées, un nombre plus élevé d’évènements
thromboemboliques veineux a été mis en évidence, ce qui nécessite une précaution
d’emploi chez les patientes à risque accru.
Recommandations dans la prise en charge de l’ostéoporose post-ménopausique (Afssaps, octobre 2004(26))
Les indications de ces différents traitements dépendent des antécédents
fracturaires, de la densité minérale osseuse, mais aussi de l’âge, et de
la présence éventuelle d’autres facteurs de risque de fracture ostéoporotique.
Ces recommandations seront actualisées très prochainement, en tenant compte
de la commercialisation récente du ranélate de strontium et de l’arrivée
sur le marché de l’ibandronate, bisphosphonate en prise orale mensuelle,
qui devrait élargir prochainement cet arsenal thérapeutique.
Des réflexions sont nécessaires sur l’utilisation de certaines séquences thérapeutiques,
et sur la stratégie à suivre
Certaines séquences thérapeutiques seront certainement préférables à d’autres
; par exemple, lors de l’administration de tériparatide après traitement
antirésorptif, il a été montré que les modifications initiales de DMO sont
plus faibles après alendronate qu’après raloxifène (27). Ceci pourrait être
lié à l’importante minéralisation observée avec l’alendronate (le tériparatide
remplaçant alors un os très minéralisé par de l’os nouveau moins minéralisé),
ou à la diminution marquée du turnover osseux observée après alendronate,
avec une réponse anabolique du tériparatide retardée. La séquence inverse,
tériparatide puis traitement antirésorptif sera peut-être plus indiquée.
La durée de ces traitements n’est actuellement pas bien codifiée (sauf pour
le tériparatide) et doit tenir compte de la durée des études ; même si certaines
d’entre-elles ont montré une sécurité d’emploi pour une durée de traitement
plus prolongée. La démonstration de l’effet antifracturaire est de 4 ans
pour le raloxifène, et l’alendronate, 5 ans pour le risédronate, et 18 mois
pour le tériparatide. Le risque individuel de fracture doit donc être réévalué
au terme de cette durée de traitement.
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