Le point sur la grippe aviaire : Pandémie ou pas ?
Suite au décès de trois adolescents en Turquie, les médias français se sont
enflammés, annonçant de gros titres en gros titres, l’arrivée de la grippe aviaire
aux portes de l’Europe, faisant des oiseaux migrateurs des oiseaux de mauvais
augure. Très vite, les volailles turques sont mises en quarantaine. De là à
annoncer à grands cris l’arrivée hypothétique d’une pandémie humaine, il n’y
avait qu’un pas. Devant autant d’informations fondées et non fondées,
deux sociétés savantes en infectiologie, la SPILF* et le CMIT**, ont fait un point
sur les certitudes et incertitudes concernant la grippe aviaire.
Épidémiologie
« Nous ne sommes pas dans une situation de pandémie,
même s’il existe un risque réel mais non daté de pandémie
grippale à virus muté. Cela reste une maladie animale
à l’heure actuelle », a déclaré Margaret Chan, de l’Organisation
mondiale de la Santé (OMS), lors d’une conférence
sur le sujet début novembre. Depuis 2003, seulement
152 personnes touchées par le virus A (H5N1) en Asie et
en Turquie ont été recensées, et 83 y ont succombé.
« Cependant, ces chiffres sont partiels et ne permettent
pas d’extrapoler, souligne le Pr Jean-Paul Stahl infectiologue
et président de la SPILF. En effet, les pays touchés
depuis 2 ans par la grippe aviaire ne font pas un recensement
systématique des cas bénins de grippe aviaire.
De plus, sans investigation virologique, il est très difficile
de faire la différence entre un patient atteint d’une grippe
normale d’un autre touché d’une grippe aviaire. »
Mode de transmission
Toutes les victimes étaient en contact avec des volailles
vivantes et rien n’indique que le virus puisse se transmettre
d’homme à homme. « Selon les dernières certitudes,
la transmission à l’homme du virus aviaire se fait par inhalation
de la fiente de volatile et le virus doit être inhalé en
grande quantité pour entraîner la maladie chez l’homme,
explique Pr Jean-Paul Stahl, et il est a priori impossible de
contracter le virus H5N1 en mangeant de la viande cuite
de volaille. » Cependant, en l’absence de foyer infectieux
en France, la transmission à l’homme reste virtuelle. « Mais
il est tout à fait légitime que les gouvernements préparent
des plans d’actions en cas de pandémie », estime le
Pr Jean-Paul Stahl.
Vaccination
Comme chaque année à partir du mois de septembre, il
est recommandé de vacciner les personnes à risques
contre la grippe classique (le vaccin anti-grippal est une
combinaison des virus les plus probables).
Cependant ce vaccin n’a aucune activité préventive visà-
vis du virus A (H5N1) ; de plus si le virus mute et devient
transmissible d’homme à homme, il sera nullement efficace.
« D’autre part, souligne le Pr Jean-Paul Stahl, il ne
sert à rien de préparer des vaccins avec la souche existante
de virus H5N1, car si un jour il s’humanise, il sera
forcément légèrement différent et le vaccin ne sera pas
adapté à cette nouvelle forme du virus. »
Le risque
Pourquoi avoir peur d’un virus qui ne s’attaque qu’aux volatiles
? D’une part parce deux études récentes ont montré
que le virus à l’origine de la grippe espagnole de 1918
(H1N1) qui avait fait le plus de morts dans le monde était
d’origine aviaire et d’autre part parce que ce virus contamine
aussi le porc sans l’infecter. « Le porc est une “inquiétante”
usine à réassortiment de virus, d’autant qu’il est
porteur des virus grippaux humain et aviaire, explique le
Pr Jean Paul Stahl. Il est donc tout à fait légitime de
penser qu’une évolution antigénique soit possible soit par
mutation progressive, soit par recombinaison avec le virus
de la grippe humaine. » Compte tenu de l’absence d’immunité
de la population mondiale vis-à-vis de cette nouvelle
souche, il est tout à fait possible dans le cas de l’arrivée
d’un virus muté qu’une pandémie se déclare. « Théoriquement,
la vaccination antigrippale classique, en diminuant
la possibilité de co-infection A (H5N1) + grippe humaine, réduirait la possibilité de recombinaison
entre ces deux virus
s’il coexiste en même temps
chez l’homme, conclut le
Pr Jean-Paul Stahl. Pour
l’instant, il s’agit juste d’une
hypothèse qui n’est pas
validée en pratique. De plus,
pour être efficace, cette attitude
devrait être appliquée en
zone d’endémie, en Asie du Sud-
Est et en Turquie. »
Conclusion
Les experts s’accordent sur l’arrivée prochaine d’une pandémie
suite à un virus grippal, mais on ne peut pas en
dater l’arrivée, ni être sûr que ce virus sera une souche
mutée du virus H5N1. Seule certitude, la pandémie n’est
pas pour cette année !
* SPILF : Société de pathologie infectieuse de langue française
** CMIT : Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales
Tamiflu® : coup de pub
ou réelle utilité
Devant les risques de pandémies hypothétiques de grippe aviaire sur l’homme,
différents États et grand nombre de particuliers ont décidé de stocker du
Tamiflu®, un inhibiteur de la neuraminidase.
Résultats
Les laboratoires Suisses Roche sont débordés et ne peuvent
pas faire face à la demande. Ils ont donc décidé de
permettre à d’autres laboratoires pharmaceutiques de produire
ce médicament vedette. Plus de 150 laboratoires
ont contacté Roche pour obtenir ce droit, et seulement 8
sont actuellement en pourparlers.
Pourquoi les inhibiteurs de la neuramidase et le Tamiflu® en particulier ?
Les inhibiteurs de la neuramidase sont en fait les seuls
médicaments que l’on connaît contre le virus de la grippe.
Ils inhibent la multiplication du virus de la grippe au niveau
cellulaire et diminuent de 1,5 jour la durée de la grippe.
Alors que le Tamiflu® peut être utilisé pour traiter ou prévenir
la grippe, le Relenza® de chez GlaxoSmithKline n’a
une indication thérapeutique que dans le traitement de
la grippe.
Pour que le Tamiflu® limite la contamination aux proches
du patient grippal, il doit être pris dans les premières heures
après l’apparition des premiers signes cliniques de la
maladie. Il peut être indiqué également dans l’entourage
d’un patient atteint.
Ce que l’on sait ?
« Les premières études in vitro ont montré, explique le
Pr Jean-Paul Stahl, infectiologue et président de la SPILF,
que le Tamiflu®, à dose plus forte que celle communément
utilisée, était potentiellement efficace pour lutter
contre le virus H5N1 de la grippe aviaire tel qu’il est actuellement.
» Il faut cependant raison garder, aucune étude
in vivo n’a été faite, puisqu’il n’existe qu’un cas de contamination
d’homme à homme et encore il reste soumis à
caution puisqu’il s’agissait de deux frères vivant à proximité
et donc dans les mêmes conditions. De plus, si il y
a pandémie humaine issue du virus aviaire actuel, on est
quasiment sûr qu’il sera forcément différent de celui qui
touche les oiseaux. À suivre…
Intérêt du stockage
Afin de limiter la pandémie dans les zones où éclaterait
une pandémie de grippe aviaire sur l’homme, les laboratoires
Roche ont donné plus de 3 millions de ce traitement
à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
« Si cette démarche de stockage faite par les grandes
organisations de santé et différents pays est louable,
voire nécessaire, estime le Pr Jean-Paul Stahl, elle est
injustifiée chez les particuliers. »
Alzheimer : vers un diagnostic précoce ?
La remise des bourses de recherche de l’association France-
Alzheimer a permis au professeur Bruno Dubois, président
du Comité scientifique de l’association et professeur au
centre hospitalier de la Pitié Salpêtrière, de faire le point
sur les récentes avancées en matière de diagnostic précoce.
On sait maintenant que plus la maladie est rapidement
prise en charge, que le patient soit sous thérapie
médicamenteuse ou non, plus on arrive à en retarder
l’évolution. « Actuellement, nous sommes très en retard
quant au diagnostic de la maladie après l’apparition des
premiers symptômes, explique le Pr Bruno Dubois. Alors
qu’il suffit de 10 mois en Allemagne pour déceler un patient
Alzheimer, il en faut plus du double en France. »
On sait maintenant que les premières lésions au niveau
du cerveau dans la pathologie Alzheimer apparaissent à
partir de 50 ans. Trois méthodes sont actuellement à
l’étude pour permettre de déceler la maladie dès cet âge.
La première consiste en différents tests à rappel différé
(FCRT). Ces tests, qui portent sur les mémoires épisodiques,
ont fait partie d’une étude sur les différents tests de diagnostic
prédictifs. Ils ont ainsi montré leur grande utilité.
Une autre méthode consiste à mesurer le volume des hippocampes.
Le seul problème, est que leur mesure manuelle
prend plus de 10 heures par patient pour préciser si leur
volume est plus petit que celui d’un patient référent. Depuis
peu, on a pu montrer que grâce à l’IRM, on arrive en
15 secondes aux mêmes résultats, même si les données
sont évidemment moins précises. Actuellement, l’unité du
Pr Francis Eustache (CHU de Caen) effectue des travaux
sur cet item.
La dernière méthode consiste à marquer naturellement
les peptides amyloïdes avec une protéine PIB. Le PIB est
un bon marqueur qui pourrait également servir à visualiser
en direct l’efficacité d’un vaccin.
Le ranélate de strontium arrive à l’officine

Innovation thérapeutique, le ranélate de strontium est
commercialisé en officine depuis le 9 janvier 2006 par
les laboratoires Servier, sous le nom de Protélos®.
Ce traitement de l’ostéoporose post-ménopausique a en
effet démontré, dans deux études* internationales randomisées
contrôlées en double aveugle contre placebo,
son efficacité à 3 ans sur le risque de fracture vertébrale
chez les patientes ostéoporotiques avec ou sans fracture
vertébrale prévalente et de fracture de hanche chez les
femmes à haut risque d’une telle fracture.
* SOTI (Spinal Osteoporosis Therapeutic Intervention) et
TROPOS (TReatment Of Peripheral OSteoporosis)
Oncogériatrie : des services spécifiques pour les patients âgés
Des unités de coordination en oncogériatrie sont en cours
de création par l’Institut national du cancer (INCA). Cette
mesure fait suite aux dernières données épidémiologiques
en oncologie qui estiment que d’ici à 2020, plus de 70 %
des cancers toucheront les personnes âgées de plus de
70 ans. La même étude a montré que 7 décès sur 10 des
suites d’un cancer toucheront les plus de 65 ans.
Le but de ces unités spéciales est d’organiser une coordination
plus étroite entre gériatres, oncologues et spécialistes
d’organe, afin d’offrir à nos aînés un traitement plus
ciblé et plus adapté à leur grand âge, qui leur permette de
garder la meilleure qualité de vie possible. Dès le début du
mois février 2006, 9 unités devraient être opérationnelles.
L’effet protecteur des fruits et légumes contre les AVC confirmé
Dans une méta-analyse**, publiée fin janvier dans la revue
médicale britannique The Lancet, des chercheurs britanniques
et australiens confirment l’effet protecteur des
fruits et légumes contre le risque d’accident vasculaire
cérébral (AVC).
L’ensemble des données étudiées porte sur le suivi de
plus de 257 551 personnes sur 13 ans en moyenne.
Le Dr Feng J. He de la St George’s University de Londres
et ses collègues australiens ont constaté que le fait de
consommer entre 3 et 5 portions de fruits et légumes par
jour réduit de 12 % les AVC ischémiques et de 8 % les AVC
hémorragiques. D’autre part, plus on consomme de fruit
plus l’effet protecteur est important.
Déjà, en 2005, une équipe de chercheurs français avait
obtenu les mêmes conclusions, après l’analyse de sept
études prospectives.
** The Lancet, 28 janvier 2006, Vol 367, p. 320-326
Nouvelle vague de déremboursement
L’arrêt du remboursement de 156 médicaments « insuffisants » au
1er mars 2006 a été annoncé par le ministre de la santé le 28 septembre
dernier. Cependant, on peut s’étonner que les veinotoniques bénéficient toujours
d’un régime d’exception. En effet, les experts estiment que ces médicaments ne
sont pas efficaces pour faire disparaître la sensation de « jambes lourdes », et qu’il
existe des alternatives plus efficaces, comme les bas de contention. Mais sous la
pression de l’industrie pharmaceutique, les veinotoniques seront pris en charge
par la Sécurité sociale au nouveau taux de 15 %. Selon certains économistes de
la santé, si les veinotoniques étaient totalement déremboursés, la Sécurité sociale
économiserait plus de 200 millions d’euros.
11e Congrès Mondial sur la Ménopause : La ménopause autrement ?
À Buenos Aires, le 20 octobre dernier a été déclaré « Journée Mondiale de la Ménopause
», lors du 11e Congrès Mondial consacré à cette phase importante de la vie.
Ce fut l’occasion pour les spécialistes de faire le point sur les dernières découvertes
et études concernant la prise en charge de la ménopause.
Les premiers résultats de l’étude E3R, conduite sur un groupe de 55 000 femmes
ménopausées adhérentes de la Mutuelle générale de l’éducation nationale, ont été
présentés lors de ce congrès. Ils montrent que l’association d’oestrogènes et de
progestérone micronisée n’augmente pas le risque de cancer du sein, contrairement
aux autres THS. Des études sur plus de 8 ans, jointes aux données de la WHI (Women’s
Health Initiative), montrent que l’utilisation d’une galénique extra-digestive, pour les
oestrogènes, associée à la progestérone micronisée, apparaît comme le seul THS non
associé à une majoration du risque de cancer mammaire.
Les résultats de l’étude ESTHER (EStrogen and THromboEmbolism Risk) qui s’est
préoccupée des effets du THS sur le risque de maladie veineuse thromboembolique,
ont aussi été détaillé. Ainsi, l’association oestrogènes cutanés et progestérone
naturelle micronisée serait assez favorable.
Les pratiques quotidiennes des gynécologues et des médecins généralistes ont aussi
été passées au crible afin d’améliorer la prise en charge des femmes ménopausées :
alternatives non hormonales au THS, baisse de la libido chez la femme ménopausée,
ou encore, quelle contraception adopter après 50 ans ?
Dans le domaine de la ménopause, la recherche est en pleine ébullition et de nombreux
traitements sont à l’étude.
Le Tasmar® est de retour

Suite à des risques de toxicité hépatique aiguë (rare
mais potentiellement mortelle), et du risque de Syndrome malin
des neuroleptiques (SMN), l’Autorisation de mise sur le marché (AMM)
de l’anti-parkinsonien Tasmar®, a été suspendue dans toute l’Europe communautaire
en décembre 1998. Cependant, dans des conditions strictes d’utilisation et
avec une surveillance des fonctions hépatiques des patients sous traitement, le
Tasmar®, inhibiteur de la catéchol-O-méthyltransférase – COMT, était toujours sur
le marché.
Compte tenu des résultats d’une étude clinique et des données de pharmacovigilance
issues des pays où l’AMM n’a pas été retirée, l’Agence européenne du médicament
(EMEA) a levé la suspension courant 2004. Cependant, la remise à disposition
du Tasmar® est assortie d’importantes modifications du résumé des caractéristiques
du produit (RCP) et de la notice « patient ». Depuis le 1er octobre, le Tasmar®,
diffusé par les laboratoires ICN, est à nouveau disponible en France.